L’église Saint-Joseph Travailleur, est une église paroissiale commandée par le diocèse d’Avignon, dans le Vaucluse, pour équiper les nouvelles cités de la périphérie sud de la ville, jusqu’alors dépourvues de lieu de culte. Elle a été édifiée entre 1967 et 1969 par l’architecte Guillaume Gillet (1912-1987), et consacrée le 19 octobre 1969.
Cette église, et le centre paroissial attenant, constituent un ensemble à l’architecture résolument moderne, fait de béton armé relativement élégant et aérien. Avec l’église du Sacré-cœur d’Avignon, reconstruite en 1959 après les bombardements de la ville à la fin de la seconde guerre mondiale, elles renouvellent la vision de l’architecture sacrée dans la cité des Papes, marquée jusqu’alors par les grands travaux menés par la papauté au XIVe siècle. La totalité de l’église, les façades et toitures du centre paroissial ont été inscrites à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1993 et labellisées « Patrimoine du XXe siècle » par le ministère de la Culture.
Une église mettant en valeur l’Avignon en reconstruction.
En 1966, l’abbé Henri Laurent, économe diocésain de l’époque, le père Joseph Persat, curé de l’église de Champfleury et l’abbé Marcel Roy, peintre-verrier, sélectionnent Guillaume Gillet, Grand Prix de Rome en 1946 pour établir les plans de la future église, destinée aux nouvelles cités situées entre Champfleury et Monclar. Ces deux quartiers, au sud du centre-ville, devaient faire face, dès 1962 à l’afflux massif des rapatriés français d’Afrique du Nord. Ils étaient, par conséquent, en pleine expansion. Pour cette construction, l’association diocésaine, maître d’ouvrage, n’a imposé ni contrainte, ni orientation architecturale, laissant une immense liberté à l’architecte pour la réalisation d’un programme relativement simple : une église, un presbytère, et des salles paroissiales, auquel Guillaume Gillet répondit par un plan d’ensemble correspondant à la forme triangulaire de la parcelle acquise par le diocèse.
L’esthétique d’avant-garde.
L’architecte a su tirer le meilleur parti de l’espace, et cette déclinaison du triangle, symbolisant la Trinité divine, qui aurait pu constituer une contrainte insurmontable, devient littéralement le principe d’organisation de tout le centre paroissial. Chaque pointe du triangle de départ est elle-même occupée par un point fort, également triangulaire : à l’est, l’église, au nord, un cloître d’hiver protégé par une pyramide de verre, et au sud-ouest, une salle de conférences. Une aile doit recevoir le presbytère et ses annexes, une autre les salles de catéchisme, la troisième une galerie couverte refermant l’ensemble autour d’une vaste place hexagonale.
L’esthétique voulue par Guillaume Gillet est celle du béton brut de décoffrage, avec emploi du bois. Ce choix, associé à la couverture en feuilles de cuivre (aujourd’hui oxydée dans une patine vert-de-gris), inscrit délibérément l’édifice parmi les sanctuaires à l’architecture avant-gardiste, qui tranche avec le style traditionnel romano-provençal, encore utilisé pour des églises de la région à cette époque.
Comme à son habitude, Guillaume Gillet a travaillé en relation étroite avec un ingénieur. Parmi les artistes intervenus dans la décoration figurent l’abbé Roy lui-même, créateur des vitraux et le ferronnier Watkin, auteur de la croix qui surmonte l’impressionnante flèche.
L’église aux paraboloïdes hyperboliques.
L’église est l’élément le plus spectaculaire du centre paroissial et constitue une véritable prouesse technique. Sur le plan triangulaire, Guillaume Gillet a créé une voûte trilobée dite « en selle de cheval », dont les axes se rassemblent au centre pour donner naissance à une flèche percée sur la hauteur de trois étroites fenêtres. Son volume surprenant, mouvementé, produit une impression d’envolée vers le ciel. Les murs, relevés aux angles, descendent vers la porte triangulaire, située au milieu de chaque côté. Leur base, aveugle mais animée par des ailettes, est en béton brut de décoffrage. Leurs arêtes, quant à elles, sont constituées d’un bandeau de vitraux dont les nervures en béton sont incrustées de mosaïques. Sur chaque face, la toiture s’incline jusqu’aux portes puis s’élance vers la haute flèche métallique.
À l’intérieur, le béton est adouci par une charpente en bois lamellé-collé portée par un tripode. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la blondeur, la coloration bleue et orangée des vitraux offrent une ambiance chaleureuse et propice à la méditation.
Un projet inachevé et peu connu.
Les perspectives de développement du quartier de Champfleury ne se sont pas réalisées comme prévu. De ce fait, l’association diocésaine a dû dès 1970 réduire le programme d’origine. Cet inachèvement rend l’organisation d’ensemble moins lisible. Sur les trois grands triangles (Eglise, Cloitre, Salle de conférences) seulement deux ont été construits.
Cette église, à l’architecture résolument avant-gardiste, est un bâtiment exceptionnel, représentant le style moderniste sous son plus beau jour. Mais située dans un quartier excentré de la ville, peu passant, et à la mauvaise réputation, elle n’est malheureusement que peu connue des Avignonnais, et encore moins des touristes venant en masse pour contempler la cité moyen-âgeuse et profiter de son festival international de théâtre.




















Un petit bijou moderne dans un environnement maintenant délabré.
La réussite, tout du moins architecturale, d'un projet "jusqu'au-boutiste" ! Bel exemple.
Elle ressemble beaucoup à l eglise de Royan
(de Gillet egalement)
Exact, mais bien qu'elle soit plus jeune de dix ans, elle a tout aussi mal vieilli. Tout comme celle de Royan, elle mériterait qu'on y accorde plus d'attention.
je souhaiterais avoir son adresse svp.merci
Cette église se trouve à l'angle de la rue du 27eme RTA et de l'avenue Etienne Martelange.
En espérant que vous puissiez y entrer, Bonne visite!